Les millénaux, le travail et l’arthrite : Une nouvelle étude

Que faut-il aux jeunes adultes atteints d’arthrite pour bien réussir au travail? Quels sont les défis qu’ils doivent relever? Quelle est leur expérience dans le marché du travail en tant que personnes atteintes d’une maladie chronique? Voilà des questions très importantes pour une génération qui fait face à un paysage de l’emploi substantiellement différent de celui qu’ont connu leurs parents. 

Pour en apprendre davantage, Rayonnez a parlé avec Arif Jetha, Ph. D., scientifique à l’Institut de recherche sur le travail et la santé et professeur agrégé à l’École de santé publique Dalla Lana de l’Université de Toronto, dont une étude récente porte sur la prévention de l’incapacité au travail chez les personnes de la génération millénale touchées par des maladies rhumatismales. Grâce à des questionnaires en ligne, M. Jetha et son équipe ont recueilli (et continuent de recueillir) les données de 387 Canadiens âgés de 18 à 35 ans qui sont atteints de maladies rhumatismales, dont l’arthrite juvénile, le lupus et l’arthrite rhumatoïde, afin d’avoir un aperçu des défis que ces personnes doivent relever et des occasions qui se présentent à elles sur le marché du travail.

Pourquoi vous intéressez-vous aux jeunes et au travail?

Il y avait peu de données sur cette cohorte. Lorsqu’on examine les statistiques, on voit qu’une proportion importante des gens atteints d’arthrite sont dans leurs années les plus productives et que beaucoup d’entre eux ont moins de 40 ans. Ce qui rend cette recherche intéressante, c’est que les changements que vivent ces jeunes qui commencent à travailler s’ajoutent aux difficultés liées à la maladie : il ne s’agit pas uniquement d’apprendre à gérer leur maladie sans l’aide de leurs parents, mais aussi de gérer leur maladie au travail et de trouver des façons de surmonter les défis qui en découlent. Ces jeunes vivent quelque chose de tout à fait unique. 

Quels sont les défis dont vous entendez le plus parler?

Les jeunes nous disent souvent qu’il est difficile de parler de leur maladie au travail. Leur maladie est invisible et ils sont jeunes. En conséquence, on s’attend à ce qu’ils soient physiquement capables d’effectuer tout type de tâche, qu’ils aient l’énergie nécessaire pour travailler de longues heures ou avoir des horaires variés. Cela entraîne des défis lorsqu’ils veulent accéder aux accommodements au travail, le premier étant l’incrédulité avec laquelle leur demande d’accommodement est accueillie. La réponse typique est : « tu es trop jeune pour avoir l’arthrite ». À cela s’ajoute le fait que le premier emploi des jeunes est souvent un travail à temps partiel ou temporaire. Beaucoup de ces emplois n’offrent pas de programmes d’accommodement formels. Par conséquent, les jeunes sont réticents à parler de leur maladie au travail ou à demander du soutien, car cela peut limiter leurs chances d’être promus, d’obtenir de bonnes références, d’avoir de bons quarts de travail ou de suivre des formations intéressantes. Les jeunes ont tendance à cacher leur maladie ou à se sentir moins à l’aise d’en parler au travail. 

Des études réalisées par le passé montrent que les accommodements au travail (tels que les horaires flexibles), la modification du travail (comme la réorganisation des tâches) et l’assurance maladie complémentaire (comme l’accès à l’assurance médicaments) sont des exemples de stratégies efficaces pour aider les personnes atteintes d’arthrite à garder leur emploi et à rester productives. Est-ce aussi le cas pour les jeunes?

Une analyse préliminaire démontre que les jeunes dont on a satisfait les besoins au travail sont moins susceptibles de subir une baisse de productivité. D’après une recherche qualitative que nous avons effectuée et qui a servi à réaliser notre plus récente étude, les types d’accommodements et d’avantages sociaux dont les jeunes atteints d’arthrite ont besoin ne diffèrent pas beaucoup de ceux des travailleurs d’âge moyen et âgés. Cependant, nous notons une différence en matière d’accès, laquelle est liée aux types d’emploi qu’ils occupent et aux difficultés qu’ils éprouvent à parler de leur maladie et à demander [des accommodements]. Cela reflète un changement nécessaire non seulement pour les jeunes atteints d’arthrite, mais aussi dans le marché du travail en général. 

Pour ce qui est des modifications touchant le travail, le manque d’expérience et le fait qu’il s’agit souvent d’un premier emploi a également de l’importance. Ainsi, il est difficile de savoir ce qui fonctionne bien et ce qui ne fonctionne pas. Selon notre recherche la plus récente, il y a un besoin réel d’horaires flexibles et d’accès à des aides techniques. Cependant, je pense qu’il existe des différences dans le niveau de compréhension sur la façon de faire ces demandes ainsi que sur la façon de les implanter dans le milieu de travail. 

Le besoin d’avantages sociaux est probablement l’une des plus importantes exigences pour les jeunes qui accèdent au marché de travail. Souvent, lorsqu’ils effectuent leur recherche d’emploi, ils accordent une grande importance à l’accès aux médicaments et à une assurance maladie complémentaire, ce qui n’est pas surprenant, car plusieurs de ces jeunes savent qu’ils ne seront plus en mesure de bénéficier de l’assurance maladie de leurs parents (souvent vers l’âge de 25). 

Qu’est-il important de retenir?

Souvent, on se penche uniquement sur les défis que doivent relever les jeunes travailleurs qui vivent avec une maladie, mais il y a aussi des histoires encourageantes. 

Pour les jeunes atteints d’une maladie rhumatismale. L’accès à du soutien dans le milieu de travail peut s’avérer très bénéfique pour les jeunes qui veulent conserver leur emploi et avancer professionnellement tout en prenant soin de leur santé. Les jeunes doivent développer une meilleure compréhension des répercussions que peut avoir leur maladie rhumatismale sur leur rendement au travail. Dans les cas où aucune mesure d’adaptation n’est offerte et où les travailleurs ne se sentent pas à l’aise de faire de telles demandes, ils doivent envisager des accommodements informels : adapter la façon de réaliser leurs tâches, ajuster leur rythme de travail, ou effectuer les tâches les plus éprouvantes quand ils ont le plus d’énergie ou quand leurs symptômes de l’arthrite sont les plus faibles. 

Pour les rhumatologues. Trouver et conserver un emploi stable fait partie des inquiétudes des jeunes adultes atteints de maladies rhumatismales. Ce n’est pas seulement un défi pour l’employeur ou pour les jeunes, mais aussi pour l’équipe soignante dans son ensemble. Les rhumatologues doivent pouvoir orienter ces jeunes vers les services existants pour les aider à trouver et à conserver un emploi. Les rhumatologues et les professionnels de la santé peuvent aussi aider les jeunes en leur offrant des stratégies pour prendre en charge leur maladie au travail.

Pour les employeurs. Les jeunes atteints de maladies rhumatismales peuvent contribuer énormément à leur milieu de travail. Les jeunes nous parlent avec beaucoup d’insistance de leur envie de conserver un emploi. Les personnes atteintes d’une maladie rhumatismale sont moins susceptibles de sauter d’un emploi à l’autre que leurs collègues. Une fois qu’ils trouvent un emploi stable qui offre des avantages sociaux, ils peuvent vouloir faire carrière dans l’organisation et de s’y investir pleinement. Si vous voulez recruter de jeunes travailleurs désirant faire carrière dans votre organisation, il s’agit d’un groupe de personnes qui cherchent de la stabilité. En outre, la plupart des accommodements les plus essentiels peuvent s’avérer rentables et bénéfiques pour tous les travailleurs, peu importe leur état de santé.

L’étude de M. Jetha, Ph. D., est financée par une subvention de fonctionnement pour jeunes chercheurs de la Société de l’arthrite, de 2018 à 2020.  

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