Les jeunes, les blessures aux genoux et le risque d’arthrose — quel est le lien?

Beaucoup de jeunes font du sport et beaucoup de sports mènent à des blessures aux genoux. Celles-ci entraînent un risque plus élevé de développer l’arthrose plus tard dans la vie en raison des lésions articulaires et du gain de poids causé par une réduction du niveau d’activité. Jackie Whittaker, Ph. D., est physiothérapeute et professeure adjointe au département de physiothérapie de l’Université de la Colombie-Britannique. Elle dirige une équipe de recherche qui vise à mieux comprendre les façons de prévenir ou de retarder le développement de l’arthrose en améliorant la santé articulaire des jeunes. Bien qu’il s’agisse d’une recherche préliminaire, l’équipe a cerné des domaines d’intérêt qui méritent des études plus approfondies. Si vous êtes un jeune qui a subi une blessure au genou (ou le parent d’un tel jeune), vous pourriez vouloir prendre note des idées suivantes relatives à la nutrition, à la psychologie et à la guérison, et en discuter avec votre équipe de soins de santé.  

Peur du mouvement

Selon Mme Whittaker, les jeunes qui se sont blessé un genou peuvent vivre de la peur, de l’inquiétude, une aversion et de l’anxiété liée à la possibilité que le genou ne tienne pas le coup, qu’ils éprouvent une douleur violente en bougeant ou qu’ils ne puissent pas effectuer un mouvement en particulier après une blessure. «Nous savons que les personnes qui souffrent de kinésiophobie (ou la peur du mouvement) ont tendance à avoir plus de symptômes, moins de force et des résultats plus faibles aux tests fonctionnels », explique-t-elle. Elle ajoute que l’anxiété liée à l’accomplissement de certaines tâches empêche souvent les personnes blessées d’être actives physiquement, ce qui mène à une moins bonne santé globale. La peur du mouvement après une blessure n’est pas propre aux jeunes, mais il peut être important de tenir compte du rôle que joue l’âge dans ce phénomène. « Quand nous examinons d’autres craintes ou sources d’anxiété et la façon dont nous y faisons face, les connaissances sont souvent un facteur important. Les connaissances sur les blessures peuvent être moindres au sein d’un certain groupe d’âge. »

Gestions des attentes

« Nous savons qu’avec les blessures sportives au genou, un grand nombre [de patients] ont des croyances inexactes sur le temps qu’il leur faudra pour guérir, la façon dont leur rétablissement se passera et les répercussions de leur blessure à long terme, explique Mme Whittaker. Par exemple, si vous subissez une chirurgie et que vous pensez que tout sera revenu à la normale dans trois ou quatre mois, vous pouvez vous faire toutes sortes d’idées quand vous sentez encore un peu de douleur ou que vous n’êtes pas en mesure de faire certains mouvements quatre, cinq, six ou même huit mois plus tard. Vous pouvez commencer à croire que vous ne progressez pas normalement. Les attentes de ces gens ne correspondent pas à leurs expériences et cela crée un problème. » Elle ajoute que la gestion des attentes peut nécessiter une approche différente si le jeune a 14 ans plutôt que 25.  

Aspects sociaux

Jackie Whittaker et son équipe examinent également les facteurs psychologiques, sociaux et contextuels qui influent sur le rétablissement complet après une blessure au genou. « Beaucoup de ces facteurs influencent la guérison et déterminent si, au bout du compte, ces jeunes deviendront inactifs et développeront des maladies concomitantes telles que l’arthrose. » Elle souligne un fait intéressant : « Beaucoup de ces jeunes participent à des sports d’équipe et ils apprécient l’environnement social. La plupart du temps, leurs coéquipiers font partie de leur groupe de pairs, et les entraîneurs et les athlètes plus âgés qui jouent le même sport qu’eux sont leurs modèles. Quand ils se blessent, ils risquent de perdre ce rapport s’il n’y a pas d’effort de la part de l’équipe ou des entraîneurs pour ramener ces personnes vers l’équipe pendant qu’elles sont blessées. Rester impliqué dans cette culture du sport est vraiment important. »

Rester actif

L’un des aspects difficiles du rétablissement après une blessure au genou est la nécessité de continuer à bouger pour rester en santé, sans faire de mouvements qui pourraient blesser l’articulation de nouveau « Selon nos travaux antérieurs, les jeunes qui ont subi une blessure sont nettement moins actifs physiquement de trois à dix ans plus tard que les jeunes qui n’ont pas subi de blessure », affirme Mme Whittaker. Elle évoque le scénario suivant : Un jeune de dix-sept ans pratique plusieurs sports. Il déchire son ligament croisé antérieur [l’un des grands ligaments du genou et l’une des blessures sportives les plus courantes] et il ne peut pas faire de sport pendant un an. Au cours de cette année, il déménage pour fréquenter l’université et il n’a pas le même groupe avec qui pratiquer son sport. Plus le temps passe, moins il sera susceptible de retourner à ce sport ou à l’activité physique en général. Si vous ajoutez à cela la frustration (« Chaque fois que j’essaie de faire quelque chose, mon genou me dérange »), et le jeune développe de l’anxiété autour de la possibilité qu’il se blesse le genou à nouveau. À 35 ou 40 ans, cette personne est très inactive, elle a peut-être pris du poids et elle vit avec de l’arthrose précoce. C’est pourquoi travailler avec une équipe soignante afin d’en apprendre davantage sur les activités qui ne blesseront pas l’articulation durant le rétablissement, mais qui renforceront et maintiendront la force musculaire et la santé cardiovasculaire, comme la natation ou le vélo stationnaire, est la clé d’une bonne santé articulaire. En matière de niveaux d’activité, ça ne devrait pas être tout ou rien.   

Relation avec l’équipe de soins de santé

C’est important que les jeunes se sentent impliqués d’une façon ou d’une autre dans la prise de certaines décisions concernant leurs soins, et qu’ils aient une bonne relation avec leur équipe de soins, souligne Mme Whittaker. « Il faut les écouter et prendre le temps de leur expliquer ce qui s’est passé ainsi que leurs choix et les conséquences de ces choix, de leur demander ce qu’ils veulent faire, de leur proposer des solutions et de trouver un compromis. »

Choix alimentaires

Dans un volet de son étude, Mme Whittaker analyse des individus qui jouent le même sport, dont certains ont une blessure au genou et d’autres non, afin d’observer leurs niveaux de nutrition. Les régimes alimentaires de ces jeunes, aussi bien ceux qui étaient blessés que les autres, étaient similaires et donnaient à penser que les jeunes ne consomment pas toujours les éléments nutritifs nécessaires à une bonne santé des os et des articulations. « Très peu des jeunes répondaient aux exigences alimentaires pour la vitamine E, aucun ne consommait suffisamment de vitamine D, et nous avons constaté que leur apport en calcium et en oméga-3 n’était pas non plus des meilleurs. En somme, nous savons que certains micronutriments sont importants pour la santé des os et des articulations et, vraisemblablement, pour la réparation des tissus après une blessure, et ces jeunes n’en consomment pas, ce qui est préoccupant. »  De plus, beaucoup de jeunes consommaient des aliments riches en lipides et en glucides et pas suffisamment de protéines ou de fibres. « Les jeunes athlètes mangent beaucoup et peuvent s’en tirer parce qu’ils sont très actifs... Après une blessure, ils sont moins actifs physiquement, ils n’ont pas besoin de consommer la même quantité de calories, car leurs dépenses énergétiques liées à l’activité de physique ont diminué, alors un déséquilibre s’installe. »

Même s’il faut mener davantage d’études à ce sujet, il est clair qu’une blessure au genou ne se limite pas au genou! Afin de guérir et de réduire le risque d’une arthrose plus tard dans la vie, il est essentiel de porter attention à la nutrition, à la physiothérapie et à la santé physique et psychosociale.   

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