Séance de questions et réponses avec : 

Dre Carolina Landolt-Marticorena, M.D., Ph. D., FRCPC
Rhumatologue, Summertree Medical Clinic et Runnymede Healthcare Centre
Conseillère scientifique, MediPharm Labs

Les patients d’un âge avancé sont plus susceptibles de souffrir d’un ou de plusieurs problèmes de santé chroniques pour lesquels ils prennent des médicaments. Cela peut présenter des défis particuliers lorsqu’on introduit le cannabis médicinal. Dans cet article, la Dre Carolina Landolt-Marticorena répond à nos questions sur l’utilisation du cannabis médicinal chez les aînés. 

Y a-t-il des risques liés à la consommation du cannabis médicinal pour la gestion des symptômes de l’arthrite propres aux aînés? 

La bonne nouvelle, c’est que des études consacrées à cette question existent. Une évaluation menée auprès de patients âgés de plus de 65 ans qui utilisent le cannabis médicinal pour calmer leur douleur a révélé qu’il s’agissait d’un choix sécuritaire pour la plupart d’entre eux. La découverte découlant de cette étude selon laquelle ces patients étaient moins susceptibles aux risques de chute était surprenante. Cela s’explique par la diminution de la prise d’autres médicaments contre la douleur, comme les narcotiques, qui peuvent causer des étourdissements ou la désorientation.

Il faut savoir que la plupart des aînés peuvent consommer le cannabis médicinal en toute sécurité. Cela ne signifie pas que cette consommation est sécuritaire ou appropriée pour toutes les personnes et c’est pourquoi il est important d’en discuter avec un prescripteur de cannabis médicinal expérimenté. Les considérations en matière de sécurité qu’il faut prendre en compte comprennent les préoccupations relatives à l’interaction du cannabis avec d’autres médicaments ou le risque accru de chutes ou de désorientation.  

Il y a-t-il des interactions connues entre le cannabis médicinal et d’autres médicaments que les aînés pourraient prendre?  

À ce jour, l’information sur les interactions potentielles du cannabis avec d’autres médicaments est limitée, car le cannabis médicinal n’est que récemment devenu largement accessible aux patients. Ce qui est rassurant, c’est qu’aucun problème majeur n’a été identifié pour la plupart des médicaments malgré le nombre croissant de patients qui consomment du cannabis médicinal. La seule réserve à ce sujet concerne les personnes qui prennent des anticoagulants, car on craint que le cannabis médicinal puisse augmenter le risque d’hémorragie pour celles-ci. Cela ne veut pas dire que ces personnes ne devraient pas consommer de cannabis médicinal, mais qu’elles doivent prendre une décision éclairée compte tenu ce risque potentiel.

Ce qu’il faut retenir ici, c’est qu’il faut éviter la surconsommation de cannabis médicinal, comme on le ferait pour tout autre médicament contre la douleur; c’est-à-dire, qu’il ne faut prendre que la dose nécessaire pour obtenir un soulagement. Les doses plus élevées ne se révèlent pas nécessairement bénéfiques et peuvent même avoir des effets nocifs.  

Quelles méthodes d’administration (inhalation, huiles, produits comestibles, etc.) conviennent mieux aux aînées? 

Le choix de la méthode d’administration dépend d’un certain nombre de facteurs. Les huiles ou les produits comestibles ont un effet plus durable par rapport aux produits inhalés. Il est important d’adapter la méthode d’administration à l’effet désiré. Par exemple, une personne qui chaque jour compose avec des douleurs chroniques perturbant son sommeil peut opter pour des huiles ou des produits comestibles alors qu’une personne qui est atteinte de douleurs qui se manifestent seulement à l’occasion pourrait choisir un produit à inhaler au besoin. Il est important de choisir un produit qui correspond aux schémas d’apparition des douleurs. Il est aussi important de choisir une méthode d’administration que le patient connaît et avec laquelle il se sent confortable. L’inhalation d’un médicament peut s’avérer malaisante pour de nombreux patients qui sont habitués de prendre des capsules ou des médicaments topiques. Ceci influencera le choix de méthode d’administration. Il est déconseillé de fumer du cannabis médicinal. Fumer peut endommager les poumons et aggraver les troubles de poumons préexistants. D’autres méthodes d’inhalation comprennent l’utilisation d’un vaporisateur, d’un vaporisateur stylo ou d’une cigarette électronique. 

Quelles questions devraient poser les aînés à leur médecin au sujet du cannabis médicinal?

Voilà une question fort intéressante. Les aînés devraient simplement demander à leur médecin s’ils pourraient bénéficier du cannabis médicinal ou si ce dernier peut remplacer les médicaments qu’ils utilisent contre la douleur ou pour le sommeil. La responsabilité de se renseigner sur la raison pour laquelle le patient s’intéresse au cannabis médicinal et de déterminer s’il est raisonnable qu’il en essaie incombe au médecin. Comment le patient a-t-il entendu parler du cannabis médicinal et quels sont ses objectifs et ses attentes vis-à-vis ce médicament? À cause de la popularisation du cannabis médicinal, je pense que l’un des aspects les plus importants dont il faut tenir compte lorsqu’on discute de ce traitement avec un patient est la gestion des attentes de celui-ci. Le cannabis médicinal peut être une option de soulagement sécuritaire contre la douleur, mais il ne constitue pas un remède miracle, ni un produit efficace ou recommandé pour tout le monde. Il ne remplace pas les médicaments qui visent à traiter les maladies chroniques telles que la polyarthrite rhumatoïde. Il s’agit simplement d’une option de plus qui peut être utile aux patients atteints d’arthrite. 

Y a-t-il autre chose que les aînés devraient savoir lorsqu’ils envisagent d’utiliser le cannabis médicinal?  

Au cours des cinq dernières années, on s’est de plus en plus intéressés aux bienfaits potentiels du cannabis médicinal chez les aînés. Ce changement culturel s’accompagne d’une aisance croissante vis-à-vis l’exploration de cette option et j’ai souvent vu des patients dont les produits ont été légalement achetés d’un dispensaire par des membres de leur famille. Bien que ce soit bien intentionné, ce n’est pas conseillé pour plusieurs raisons. Certains patients et leurs familles croient que ce produit est entièrement bénin parce qu’il est « naturel » ou parce qu’il provient d’une plante. Ceci n’est pas le cas. Qu’un médicament provienne d’une plante ou qu’il soit fabriqué dans un laboratoire, il pourra produire des bienfaits ou encore des effets secondaires. La sélection de produit et le dosage approprié portent également à confusion. J’ai été témoin de situations où les patients prenaient des doses trop faibles qui avaient peu de chances d’être efficaces ou qui prenaient des doses trop élevées qui leur causaient des effets indésirables. Lorsqu’un patient commence à consommer du cannabis médicinal, il s’agit toujours d’une période d’essai durant laquelle on voit si c’est sécuritaire pour le patient et si ce dernier en tire des bienfaits. C’est pourquoi il est recommandé de demander de l’aide d’un professionnel de la santé pour la prescription du cannabis médicinal et le suivi qui s’impose. Cela vous aidera à sélectionner les bons produits, à augmenter votre dose au besoin et à surveiller les effets secondaires possibles.

Vous pouvez en apprendre plus en consultant la page Web sur le cannabis médicinal de la Société de l’arthrite. 

Ces renseignements vous ont-ils été utiles?