L’arthrite et le travail : un nouveau rapport fait état de l’impact des maladies chroniques sur la main d’œuvre canadienne

28 septembre 2017 | Janet Yale, Présidente et chef de la direction La Société de l’arthrite
Janet Yale
Qu’est-ce qu’une maladie chronique? 
 
L’arthrite? La sclérose en plaques? Des maladies qui imposent des limites et qui ne lâchent jamais prise. Des maladies aux symptômes visibles ou invisibles, constants ou épisodiques, des maladies qui peuvent être invalidantes et coûteuses. 
 
Pour les gouvernements, les employeurs, les assureurs et les familles du Canada, cette question constitue un obstacle qui les empêche d’aider les gens à recevoir de meilleurs traitements et un meilleur soutien, et à mener des vies productives et bien remplies.  
 
Le Forum des politiques publiques, appuyé par des organismes de bienfaisance du domaine de la santé et des employeurs importants, a récemment examiné la question des maladies chroniques : comment peut-on en réduire l’incidence et quels changements peut-on apporter pour aider les personnes qui sont aux prises avec ce fardeau. Le rapport issu de ces travaux, intitulé Maladies chroniques : favoriser le bien-être au travail, pour le bien de tous, offre une analyse intégrée des défis auxquels nous faisons face ainsi qu’un ensemble de recommandations éclairées. 
 
Les données statistiques sont frappantes : la moitié des Canadiens de plus de 20 ans est atteinte d’une maladie chronique, et la proportion de Canadiens vivant avec au moins deux maladies chroniques atteint les 15 %. Les répercussions économiques de ces maladies sur le plan de la perte de productivité sont considérables. En effet, la Financière Sun Life estime que les coûts annuels sont d’environ 122 milliards de dollars, soit 6 % du PIB. Cela dit, les maladies chroniques ont un effet encore plus dévastateur sur la qualité de vie : des parents sont incapables de prendre leurs enfants dans leurs bras et des travailleurs n’arrivent pas à conserver leur emploi et la dignité associée au travail. Les maladies chroniques nuisent à la vie active. 
 
La création d’environnements de travail qui améliorent le bien-être et qui aident les personnes atteintes d’une maladie chronique à mener une vie active est à la fois une mesure décente sur le plan humain et prudente sur le plan économique. De nombreux gouvernements, employeurs et organismes de bienfaisance dans le domaine de la santé ont d’ailleurs entrepris des initiatives utiles et bien intentionnées en ce sens. Il s’agit toutefois d’un défi de taille qui nécessite une approche exhaustive et intégrée. 
 
Par exemple, toutes les maladies chroniques n’entraînent pas des incapacités apparentes ou uniformes. Certaines, comme l’arthrite, peuvent être invisibles pour les employeurs et les collègues. D’autres maladies chroniques pourraient se manifester différemment d’une personne à l’autre et ainsi rendre difficile l’application uniforme d’approches et de politiques. Il peut être ardu d’obtenir une couverture médicale. Les adaptations en milieu de travail sont souvent inégales. La compréhension et la sensibilisation demeurent des défis importants. Pour s’attaquer à ces différents problèmes, il devient évident que le secteur privé, le secteur public et les tierces parties devront unir et coordonner leurs efforts. 
 
Le Forum des politiques publiques a cerné au moins cinq domaines prioritaires exigeant la prise de mesures : 
  1. Définitions exactes des incapacités (ou invalidités) – Afin de mettre en œuvre des politiques appropriées, il faut mettre au point des définitions plus nuancées de l’incapacité, qui refléteront toute la complexité des maladies chroniques d’aujourd’hui. Citons l’exemple de la Colombie-Britannique, qui a adopté deux définitions : une pour les personnes ayant des obstacles multiples et persistants et une autre pour les personnes ayant une invalidité. Cette précision permet d’adapter les politiques et de combler les lacunes découlant de termes plus restrictifs. 
  2. Programmes de travail flexibles – Il faut mieux adapter les mesures de soutien et les avantages sociaux offerts en milieu de travail afin qu’ils répondent aux besoins des personnes atteintes de maladies chroniques. Il ne suffit pas d’adopter des politiques standardisées fondées sur la compréhension traditionnelle de l’incapacité; les politiques doivent être adaptées aux maladies épisodiques et irrégulières. 
  3. Approches législatives fondées sur les pratiques exemplaires – Divers gouvernements travaillent à l’adoption d’approches novatrices. Par exemple, l’Allemagne exige que les employeurs adoptent des plans de gestion de l’incapacité et le Nouveau-Brunswick révise ses mesures de soutien dans le cadre du Plan d’action-emploi pour les personnes ayant un handicap. Il faut recenser et adapter les approches novatrices entreprises à l’échelle de la planète. 
  4. Stratégie nationale destinée aux employeurs – Les gouvernements doivent collaborer avec les assureurs, les employeurs, les employés, les experts en matière de politiques sanitaires et d’autres intervenants pour mettre en place une stratégie nationale qui facilitera l’adoption de pratiques exemplaires. Une telle approche doit comprendre un ensemble d’indicateurs mesurables qui serviront à évaluer de manière objective l’efficacité et la mise en œuvre de ces pratiques, ainsi qu’un mécanisme pour la transmission des innovations. 
  5. Données de surveillance – Pour favoriser la prise de décisions fondées sur des données probantes et guider l’élaboration des politiques futures, il est essentiel de recueillir et d’analyser les données concernant les personnes vivant avec des maladies chroniques. Une banque de données bien garnie servira de base aux initiatives futures. 
Finalement, pour vraiment réussir à relever le défi de la gestion des maladies chroniques en milieu de travail, il faut d’abord admettre l’existence du problème. Depuis des décennies, seules les maladies aux symptômes très visibles sont reconnues, et les gens atteints d’une maladie moins évidente doivent se battre pour obtenir du soutien. Cette mentalité est en train de changer, mais il ne faut surtout pas s’arrêter maintenant.